Le Temple

                                                              Brève histoire du temple de Wanquetin


Le temple de Wanquetin fêtera le bicentenaire de sa construction en
2022. C’est le plus vieux temple du Pas-de-Calais et le premier bâti
dans le département après la Révolution, ce qui lui vaut d’avoir été
inscrit parmi les monuments historique par arrêté du préfet de région
en date du 18 mars 2010.


La date de construction figure sur la pierre de fondation qui se
trouve aujourd’hui scellée dans le mur latéral gauche, et sur laquelle
figure l’inscription suivante :


Pierre fondamentale posée en 1822 par Bellot, pasteur des
oratoires du Pas-de-Calais. P. de Felice, pasteur à Lille.
Pouchin, maçon.


Son édification coïncide avec l’arrivée du premier ministre
protestant dans le Pas-de-calais, le pasteur Philippe Bellot, qui se fixe
à Arras en juillet 1821. Jusque-là, le culte se déroulait dans une
maison particulière. On cite aussi comme lieu de célébration la grange
du sieur Loir, en face du temple actuel.


C’est le 22 décembre 1821 que le préfet accorde au pasteur
l’autorisation de construire un temple. Le terrain est donné par une
paroissienne, Marie Josèphe Carpentier, veuve de François Place. La
construction se fait de manière empirique, avec les moyens du bord,
car les ressources financières sont limitées. Les plans sont dessinés,
semble-t-il, par le pasteur lui-même. Une souscription est lancée au
sein de la paroisse pour financer les travaux. Certains font des dons en
nature : untel propose un arbre pour la charpente, un autre, de la pierre
pour les murs ; les plus vaillants offrent le concours de leurs bras.
Voici comment, dans une note historique rédigée en 1905, le pasteur
de Wanquetin, Théodore Bisseux, raconte le chantier :


Deux entrepreneurs maçons, les deux frères François et
Abraham Pouchain, tous deux protestants, ont présidé à cette
construction, moyennant salaire. Une souscription importante
avait dû être faite parmi les intéressés. Les pierres ont été
extraites dans un pré dépendant de la ferme de Monsieur
Charles Baudrin. Les jeunes gens de l’époque, soit avant de
commencer leur journée, soit à midi ou le soir, allaient aider à
monter les pierres de la carrière et à les transporter. Un autre
coreligionnaire, Pierre André Dubois, menuisier-charpentier,
s’est chargé de la charpente, des bancs et de la chaire. »


Le bâtiment nouvellement édifié est d’aspect assez proche de l’édifice
actuel, mais de dimensions plus réduites en hauteur. Il est de plus doté
d’un clocher, dans lequel toutefois il ne semble pas qu’il y ait eu une
cloche. Il subit quelques modifications au cours du XIXe siècle, en
particulier par l’adjonction en avant de la façade d’un édicule abritant
une sacristie et une salle de catéchisme. Au début du XXe siècle
l’édifice est entièrement rénové, pourvu d’un chauffage et de
l’électricité, ceci hélas pour une courte durée puisque le premier
conflit mondial va lui être fatal.


La disparition du temple s’effectue en deux étapes. D’abord le 16 mai
1917, avec l’explosion du dépôt de munitions qui projette les fenêtres
à l’intérieur de l’édifice et provoque l’effondrement d’une partie du
plafond ; mais, miraculeusement, alors que la plupart des toitures du
village sont endommagées, celle du temple est intacte. La destruction
intervient le 23 mars suivant, suite à une torpille lâchée d’un avion.
L’édifice n’est dès lors plus qu’une ruine.


C’est l’architecte de la coopérative de reconstruction du village, Jean
Lacoste, qui préside à la reconstruction, étroitement épaulé par le
pasteur de l’époque Henri Lacheret. La nouvelle construction reprend
les fondations de l’édifice antérieur, mais en diffère à la fois par sa
hauteur – les murs latéraux sont plus hauts d’1,10 m environ –, par la
suppression du clocher et de l’édicule qui avait été ajouté en avant de
la façade, et par l’aménagement à l’intérieur d’une pièce précédant le
lieu de culte. Les pierres blanches récupérées dans les ruines ont été
réutilisées.


Le nouveau temple est inauguré le 25 mai 1922. On trouve mention de
cette cérémonie sur la page de garde de la Bible achetée à cette époque
et exposée sur le lutrin Depuis cette date, l’édifice a été doté en 1929
d’un garage aménagé sous le parvis. Il est devenu propriété
communale en 2008.